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Epilogue

Publié : mar. avr. 10, 2012 12:24 pm
par Ezechiel
Deux vieillards chenus, à l’ombre d’un tilleul, laissaient dériver leur regard sur les vignes en terrasse.

« On n’m’ôtera pas d’l’idée que ce p’tit blanc manque de quéqu’chose » dit le premier.
« Il a du corps, une belle robe ambrée, des goûts de pommes et de mélisse, mais l’Marcel t’a raison, y manque d’acide » renchérit le second.
« Bien sûr PA, qu’j’ai raison ! C’est pas bon ça, comment j’vais m’décaper la tuyauterie moi, hein ? »
« On va d’voir se replier sur le beaujolpif nouveau, pas l’choix »
« Nan ! J’refuse c’te piquette importée, ça fait 88 ans que j’me soigne au Dezaley, j’vais pas m’empoisonner avec un truc de barbare. J’bois d’la piquette, j’veux qu’ça soit ma mienne d’mon pays, d’mes coteaux. ».
« Qu’es’-ce tu veux, l’Marcel, depuis qu’on a botté le Ver en touche, les Parques, Ixidor et toute la clique, nous ont soignés avec un soleil digne d’la Côte d’Azur. »
« M’en fous ! J’veux qui roille, j’veux mon vinaigre, j’veux d’la grisaille. M’enfin on est quand même chez nous, qu’est-ce qu’y sont-y à tout foutimasser sans-d’sus-d’sous ? J’sens déjà mon estomac qui s’révolte de trop douceur, j’vais encore être malade.»
« Si tu veux mon avis toubib, même si t’en a rien à cirer, ça serait plutôt la deuxième coupe Danemark après la fondue. »
« Justement, la piquette, ça fait digérer ! »
« Tu sais, j’me d’mande si j’aurais pas dû, des fois, te laisser nager dans ta pisse, dans c’trou perdu du Yémen… »
« Ouais et vous vous seriez fait ratatiner par le Ver, parce que c’est quand même moi qui ai abattu la greluche et le grand zouave. »
« Marcel, tu t’échauffes, tu t’égares, r’prend donc de ce p’tit Calva. »

… et de continuer de morigéner, maugréer et pester…

A quelques tables de là, deux autres silhouettes, nettement plus jeunes…

« C’est tous les jours la même chose, depuis des mois. »
« Ils oublient bien vite que leurs rhumatismes préfèrent le soleil, Francis. »
« Ouais, Jacob, mais quand est-ce que t’as vu Marcel être content d’son sort ? Hein, dis-moi donc !»
Les deux échanges un regard entendu.
« A part ça, ca va tes affaires ? »
« Pas mal, on vient de signer la première Charte entre le gouvernement du Valais et la Jungfrau. Ca a couiné dure du côté des promoteurs immobilier, Fournier en tête, mais après une réunion avec les Tschäggättä, c’est passé tout seul. »
« Tu m’étonnes. Surtout si c’était un buffet froid… »
« Héhéhé, faut c’qui faut. Les premières démolitions commencent dans deux mois. Par contre, les vignerons attendent avec impatience les premières vendanges tardives, ça va être un grand cru. Et vu leurs excédents, ça n’a pas été difficile de les convaincre de laisser leurs premiers fûts en offrande en échange d’un automne dans grêle. »
« Euh la malheureux, pas si fort, si Marcel entend l’mot « Fendant », il va nous gratifier d’un sermon d’la fin du monde. »
« Oups, j’ai vu son oreille tressaillir. Courage fuyons ! Viens donc Francis, tu m’avais promis de me montrer ton nouveau Planétarium kabbaliste. »

Re: Epilogue

Publié : jeu. avr. 19, 2012 10:39 am
par Die's Man
Excellent, j'adore !

Et la "réunion avec les Tschäggättä", superbe clin d'oeil ;-)

Merci encore pour tous les moments de cette fantastique campagne !!!

Gaël